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Le Chamanisme, Médecine de la Terre, du Corps et de l'Ame


Le chaman : un faiseur de miracle

L’élément le plus important et le plus caractéristique de la médecine traditionnelle amérindienne est sans contredit le personnage central qui la pratiquait, c’est-à-dire le guérisseur ou « chaman ». Le chaman pouvait atteindre un état de transe spirituelle grâce auquel il communiquait avec le monde invisible des esprits et faisait bénéficier les autres de ses expériences. Il jouait à la fois les rôles de médecin, de psychiatre, de prêtre, de devin, de magicien et de meilleur ami.

Les chamans avaient notamment pour tâche de diagnostiquer les maladies, ce qu’ils faisaient généralement à partir d’entretiens en profondeur comportant, entre autres, l’analyse des rêves. Ils animaient aussi des cérémonies de guérison rituelles dans les huttes de sudation. Ils pratiquaient l’herboristerie et donnaient des massages. Et, comme les médecins actuels, ils offraient à leurs patients une assistance et un suivi post-traitement.

C’est leur capacité de communiquer avec le monde des esprits qui faisait des chamans des personnages vraiment particuliers. La plupart des chamans découvraient leurs pouvoirs tôt dans la vie, à partir de visions survenues à l’occasion d’une transe profonde. Dès qu’ils recevaient un signe précurseur, ils s’engageaient dans un entraînement rigoureux, habituellement guidés par un autre chaman, afin de perfectionner cette conscience spirituelle exceptionnelle.

Les chamans pouvaient communiquer avec tous les esprits du monde naturel, notamment les esprits des plantes, des animaux, des saisons de même que ceux des éléments fondamentaux comme le feu, l’eau, la terre et la pierre. Au cours de longues séances comportant des chants, des paroles scandées, des percussions et des prières, et parfois après avoir consommé des plantes hallucinogènes, le chaman accédait à un état modifié de conscience. Ils invoquaient alors les esprits et faisaient appel à leurs pouvoirs de guérison.

Une des pratiques chamaniques les plus spectaculaires consistait à sucer, avec les lèvres ou à l’aide d’un tube fait de l’os creux d’un animal, un endroit du corps du malade pour faire mine d’en extraire un objet. Le chaman exhibait ensuite cet objet qui pouvait être un petit bâton, un caillou ou même un insecte et qu’il prétendait être la cause de la maladie. Une fois la « cause de la maladie » ainsi extirpée, le chaman assurait que le malade allait recouvrer la santé.

Il ne fait aucun doute que les chamans savaient utiliser l’art du spectacle et que certaines de leurs techniques avaient un effet plus dramatique que franchement thérapeutique. Mais la plupart des médecins l’admettent aujourd’hui : la médecine moderne a parfois, elle aussi, recourt à de tels procédés de « mise en scène ». Ainsi, même si le port du sarreau blanc ne détermine en rien les compétences d’un médecin, son effet symbolique rassure les patients, qui y voient le signe d’une autorité professionnelle.

Cette confiance accrue du malade envers les « pouvoirs » de son médecin peut accélérer sa guérison. De même, les médecins utilisent parfois l’effet placebo en prescrivant un médicament qui ne contient aucun ingrédient actif ou un régime qui, d’une manière ou d’une autre, fera que le patient se sentira mieux. Tout comme avec le remède du chaman, c’est alors la confiance du malade dans le traitement, et non le traitement en lui-même, qui agit.

Les Amérindiens avaient, eux-aussi, une foi profonde dans les pouvoirs de guérison de leurs chamans, et cette confiance était en soi un remède puissant. « Les gens avaient confiance dans le remède, alors le remède fonctionnait », écrivait un observateur du XVIIIe siècle. Et plus récemment, l’auteur de l’ Encyclopedia of Native American Healing, William S. Lyon, notait : « Mes propres recherches des deux dernières décennies m’ont permis de décrire de nombreux cas où les traitements chamaniques amérindiens ont réussi là où la médecine occidentale avait échoué ».

La pratique chamanique au quotidien

Le Dr Mehl-Madrona, qui est lui-même un chaman et un médecin reconnu, croit que tout individu porte en lui-même la capacité de se guérir. « Tout ce que le chaman fait est de permettre que cette capacité se réalise », affirme-t’il.

Dans son livre Coyote Medicine, il écrit que les traitements cérémoniels, tels que ceux utilisés par les chamans, sont les plus puissants qu’il ait connus. Selon lui, les gens ont besoin de cérémonies et de rituels dans la vie. « Peu importe la cérémonie, l’important c’est que le guérisseur aussi bien que le malade y croient. Pour guérir, il faut croire à cette possibilité de guérir, il fait croire à des forces plus grandes que ses propres forces. J’estime que tant les médecins que leurs patients auraient tout à gagner à prendre en considération les pratiques de guérison traditionnelles des Amérindiens. ».

Traditionnellement, les Amérindiens croyaient que seules certaines personnes avaient les aptitudes pour devenir chamans. Plus récemment, Tom Cowan, l’auteur de Shamanism as a Spiritual Practice for Everyday Life, croit quant à lui que tout le monde a les capacités d’accéder au monde des esprits en vue d’améliorer sa santé. Selon lui, ce qu’il appelle le chamanisme « pur » peut être intégré à la vie quotidienne actuelle, tout comme on le fait avec d’autres pratiques comme le yoga, la méditation ou la prière. Le chamanisme n’entre pas en conflit avec d’autres croyances religieuses. En fait, selon Tom Cowan toujours, il peut renforcer ces croyances. Le chamanisme enseigne tout simplement à faire l’expérience de niveaux plus élevés de l’existence et nous donne des moyens pour mieux vivre avec les niveaux de conscience moins élevés de la réalité.

Le voyage chamanique au son du tambour

Certains anciens chamans avaient parfois recours à des plantes hallucinogènes, mais Tom Cowan affirme que, pour atteindre un état modifié de conscience, on peut se contenter du son d’un tambour ou encore d’un lieu particulier. Entrer dans un état de relaxation profonde semblable à un état de transe, qui permet de communiquer avec le monde des esprits, est en fait à la portée de tous (et sans danger). Tout ce qu’il faut, c’est arriver à un état mental qui éliminera temporairement les interférences extérieures comme les sons, les sensations tactiles, l’inconfort physique ou les pensées vagabondes qui selon Tom Cowan, empêchent d’accéder à un état supérieur de contemplation. La transe chamanique est essentiellement une forme d’autohypnose par laquelle on délaisse les préoccupations quotidiennes et on laisse voyager l’imagination dans ce que ce spécialiste appelle « le monde des esprits de la réalité non ordinaire ».

Ainsi, pour faire l’expérience  d’un « voyage » chamanique léger, il suffit de fermer les yeux et de se mettre à tambouriner avec le bout des doigts, que ce soit sur un vrai tambour, sur une table ou sur toute autre surface sonore. (On peut le faire très doucement en cas d’arthrite ou d’autres causes d’inconfort)*. Tout en continuant les percussions, on imagine qu’on quitte le monde « réel » en parcourant un long tunnel au bout duquel on perçoit une lumière. Peu importe comment on imagine ce tunnel, il faut laisser aller son imagination ; mais la façon de tambouriner, elle, a une importance. Pour atteindre un état semblable à une transe, il fat adopter un rythme constant et régulier de 205 à 220 battements par minute (+/- 4 par seconde), pendant environ 10 minutes. « Il ne s’agit pas de faire de la musique, mais de produire une énergie sonore hypnotisante en vue d’introduire un état modifié de conscience » explique Tom Cowan.

Il ne faut pas s’attendre nécessairement à une révélation spectaculaire sur les grands mystères de la vie. On peut le souhaiter, mais il peut eu probable que cela se produise. Cependant, si l’exercice est fait en toute sincérité, il est à peu près certain qu’il produira des perceptions et des idées inhabituelles et même fascinantes. A tout le moins, une telle expérience chamanique est une excellente méthode de relaxation dans les moments de stress. Qu’on arrive ou non à un véritable voyage dans le monde des esprits, l’exercice permet de se détacher temporairement des préoccupations de la vie quotidienne. 


*existe également des CD de tambours chamaniques
 
Texte relevé de l'ouvrage "Médecine naturelle amérindienne, plantes et remèdes pour soigner le corps, guérir l’esprit et nourrir l’âme" ; Porter Shimer